orphelins de l'Éden

2.28.2007

l'amnésique

Il fouilla ses poches. Debout sur le pavé, il tâta ses pantalons, avant, arrière. Vides. Il monta à son veston et là, il sentit un objet au travers du tissu laineux de son vêtement démodé. Une bosse gonflait son torse juste là où il pouvait sentir son coeur battre. L'objet se trouvait dans la poche intérieure de son veston. Qu'est-ce cela pouvait-il bien être? Lui qui n'utilisait jamais cette poche.

Il ressortit de cette cachette ce qui semblait être une petite cuve de bois, un petit verre peut-être. Armand tournait ce drôle d'objet dans tous les sens. Qu'est-ce que cela pouvait-il bien être? se répéta-t-il. C'est par l'odeur musquée et vanillée qu'il trouva. C'était le réservoir d'une pipe brisée. Une image lui vint à l'esprit. On dit que l'odorat est le sens le plus primal de l'homme. Armand se souvint d'une femme et d'un homme. Une image frappante. L'homme attachait les cheveux noirs et soyeux de la femme à l'aide d'un ruban bleu lapis-lazuli dans une lumière vive. L'ennui, c'est que l'homme et la femme lui tournaient le dos. Des êtres sans visage lui revenaient à l'esprit. Cette séquence n'était pas extraite d'un rêve, il en était persuadé. D'un autre côté, il n'arrivait pas à l'ancrer dans un contexte précis. Il avait témoigné de cette scène, il avait été là avec eux, cet homme et cette femme sans visage. Ce ne pouvait être que cet après-midi nébuleux pour ne pas dire complétement effacé de sa ligne de vie. Une image sortait du boîtier camouflant encore toutes les autres saisies pendant cet épisode inconnu. Armand se rassit. Il était déterminé à trouver l'avant et l'après de ce flash subi.

(à vous)

2.26.2007

appel à tous

C'est décidé, je vous implique dans le processus de création des prochains blogs affichés. L'idée est toute simple. Je débute une histoire en la laissant en suspens. Si vous êtes inspirés, vous la continuez avec une phrase ou deux, ou avec un paragraphe si le coeur vous en dit. J'ai besoin de vous, je vous en prie, plongez.
Si vous êtes plusieurs à sauter, je tenterai d'utiliser tous les morceaux pour poursuivre le fil de cette histoire qui évoluera comme un cadavre exquis, vers une création délirante et pognante.

Un, deux, trois, partez!

Il titubait dans la ruelle obscure depuis déjà un bon moment. Rien, absolument rien. Son esprit, sa mémoire, ses repères étaient flous, absents. Un trou énorme le séparait de cet après-midi banal qui s'était déroulé comme tous les autres après-midi des derniers mois, voire des dernières années. Il marchait en se creusant la tête, perdu, égaré dans lui-même. Un étranger l'habitait maintenant, le seul à détenir la feuille de route qui manquait à l'appel. Le fichier cinq-mai-15:45-21:30 faisait défaut à la souvenance de son passé et malgré tous les efforts d'Armand, le déclic tant espéré ne survenait pas. Il y avait bel et bien un espace vacant dans sa conscience, une plage incertaine sur laquelle s'étaient échouées cinq heures et quarante-cinq minutes de son existence. Aucune réminiscence possible. L'étranger lui tirait la langue.

Armand s'assit sur un escalier en métal qui grimpait sur un mur de briques mangées par le temps qui passe et remarqua son poignet nu. Sa montre au bracelet de cuir qu'il portait depuis son anniversaire de ses trente-deux ans avait disparu. Il fouilla ses poches. Debout sur le pavé, il tâta ses pantalons, avant, arrière. Vides. Il monta à son veston et là, il sentit un objet au travers du tissu laineux de son vêtement démodé.

(à vous)

2.23.2007

roots

Pendant que j'entame ce nouveau blog, ma soeur G. s'approprie un texte que j'ai rédigé hier soir. Elle le lira demain en après-midi, devant une foule à la fois familière et étrangère. Tout ce beau monde - environ deux cent convives - sera réuni pour fêter des doyens de la famille étendue. Parmi les fêtés, il y a ma grand-mère qui a 80 ans depuis hier.

Nous l'avons fêtée intimement samedi dernier. Notre cocon familial l'a enveloppé d'amour, gâteau, cadeaux et tout et tout. Elle en a eu les larmes aux yeux. La cerise sur le sundae fût l'annonce de cette réunion familiale planifiée pour une semaine plus tard. Nous voulions la préparer. Grand-maman a tendance à s'énerver, à anticiper et à faire un peu d'insomnie parfois quand l'excitation prend le dessus.

Dans la salle communautaire du village où j'ai grandi, les tantes, cousins, cousines, oncles, alouette! auront l'allure de vieilles connaissances dont j'oublie toujours le nom. L'important, c'est que ma grand-mère retrouve ceux et celles qu'elle aime. De mon côté, je devrai m'excuser un million de fois de ne pas me rappeler exactement à qui je m'adresserai.

Ces réunions au nombre énorme sont de plus en plus rares. En fait, elles l'ont toujours été. La dernière de cette envergure prenait place il y 10 ans bientôt, pour le cinquantième anniversaire de mariage de mes grands-parents. Il faisait beau ce jour de septembre et cette fois, c'est dans le village où mon grand-père avait grandi que la fête se déroula.

Nous venons d'une terre franco-ontarienne. Nos villages sont les grains d'un chapelet qui s'étend sur la rive de l'Outaouais. J'ai grandi à quelques kilomètres de l'endroit qui a vu grandir ma grand-mère.

Aujourd'hui, elle habite St-Jérôme et je suis à Montréal depuis vingt ans. Mais cette terre est celle de nos aïeux et celle de notre enfance. Comment tourner le dos à nos premiers paysages?

Demain, c'est le retour aux sources. La salle de réception est à deux pas d'un bâtiment qui logeait le dépanneur où B. et moi allions parfois acheter des popsicles. Il nous fallait marcher pendant une bonne heure pour se rendre à destination. Je me souviens d'un popsicle vert qui goûtait la limette. Je me souviens aussi du parc en face de cette salle située au coeur du village. L'hiver, il y avait une patinoire et c'est là que j'ai appris à me mouvoir sur les lames. À côté , il y a l'épicerie. Combien de fois avons-nous embarqué dans le panier que ma mère remplissait de victuailles?

À chaque fois, mes souvenirs reviennent au galop. Demain, je serai épuisée. Comme après avoir utilisé une machine à remonter dans le temps.

2.20.2007

pourtant

Ça sent le brûlé. J'ai fait cramer mes fèves rognons. Qu'importe, nous mangerons du chili demain soir, coûte que coûte. Quand mon esprit est encapsulé par le souci, c'est comme ça, les légumineuses collent à la marmite. Et j'oublie des denrées à acheter pourtant inscrites sur ma liste. Alors, je retourne chez Alfafa pour des tomates en boîte et du nutella bio. La fille aux mèches bleues me regarde l'air de dire "te revoilà?". Eh oui, mon pragmatisme est embrouillé par un tracas. Côté boulot, je suis tourmentée. Tout va bien pourtant. Mais ça trotte dans ma tête de linotte.

M. me rassure quand il arrive et qu'il perçoit - il est branché sur moi - que quelque chose ne tourne pas rond. Tout va bien pourtant. Et il me prend dans ses bras. Il m'aime, c'est le plus important.

Tout va bien pourtant. J'ai mangé ce soir à satiété et un inconnu empathique m'a souri au marché pour me ramener sur la planète Terre. Le même homme aux yeux verts m'a ouvert la porte un peu plus tard pendant mon trajet emmêlé parmi les étals. Et le même encore m'a croisée lorsque je me dirigeais au métro chargée comme un mulet.

Parfois, ces fois-là où les choses sont claires, je me sens protégée. Tu as besoin de réconfort, alors voici, je t'envoie un ange. Merci que je dis, merci. Tout va bien. Tout va pour le mieux.

2.18.2007

pax

Pendant que les douze roues filent sur St-Hubert vers le nord chargés de leurs tonnes de neige compactée - mais où vont-ils donc? - je marche en direction du sud, l'appel des croissants me guidant. Cette fois, une neige fine vole dans l'espace et je n'emprunte aucune ruelle pour me rendre à destination. Je suis perdue dans mes pensées. Je me remémore mes rêves étranges de la nuit qui vient à peine de s'achever.

J'ai rêvé à Cr. un ancien collègue avec qui je m'entendais bien et il m'annonce que sa mère m'offre une croisière en Jamaïque pour deux personnes. C'est un prix que je gagne, mais j'ignore quel est le contexte de cette loterie farfelue. Le tout se déroule dans un décor de ciment, peut-être un cul-de-sac d'autoroute transformé en plateau de télé. Délire. Je refuse la croisière pour la lui offrir. Il me semble que puisque c'est sa mère qui me l'offre, Cr. devrait en bénéficier, pas moi. Plus tard, un rêve long me fait voyager dans un appartement aux multiples chambres que je partage avec une ancienne amie, un autre collègue de travail et ma soeur B. À un moment dans mon songe, je sais que ce lieu n'est que temporaire puisque je suis maintenant propriétaire. Il me faut un bon tournis dans l'esprit pour que je me souvienne, presque sur un plan conscient, que c'est de la maison à St-Hubert-on-the-beach qu'il s'agit et non un logement décrépi comme je l'ai d'abord pensé. Ma soeur me montre sa peau. Sur ses bras, des bouts d'oignon hachés translucides sont tassés sous sa peau. Sous celle qui recouvre ses clavicules, ces sont des graines rouges et gorgées de pomme grenade. Je lui dis que si elle prie, elle pourra se débarrasser de ces symptômes gênants. Elle me dit que ce n'est pas la peine, qu'elle accepte cette nouvelle peau. Bizarre.

Aujourd'hui, mon père est mon mort il y a 18 ans, Em. a été conçu il y a 3 ans, c'est le jour du Seigneur et le jour de l'an chinois.

Ma tête est engourdie et l'entrain me fait défaut. J'avance comme une automate, assaillie par une étrange mélancolie. Cependant, à l'instar d'il y a quelques années à ce temps de l'an, je ne suis pas au creux du baril. Le bonheur est là, avec moi. Il m'observe d'un oeil tranquille et me rassure qu'il n'y a aucun mal à se laisser aller à l'émotion plus introspective.

Il y a des jours plus calmes que l'on boit doucement, sans se presser, tout simplement. Ainsi mon pas est lent puisque mon corps est lourd et j'aperçois dans une fenêtre d'une école primaire un requin peint à même la surface. Il est gris avec des dents noires, la gueule ouverte pour manger les regards. Le mien sourit.

Quand le rythme est une cadence minimaliste, l'effet de surprise crée une vaguelette qui nous suffit.

2.15.2007

une perle insoupçonnée

Bon, je sais, la St-Valentin c'est ringard et bla bla bli, bla bla bla. Trop commercial, trop quétaine, tellement ridicule de dire je t'aime parce que c'est la fête de l'amour! Eh bien oui, c'est tout cela si vous voulez, mais ce peut être aussi ce jour-là que les gens choisissent pour se permettre un peu de répit, un peu de parfum de rose, un peu d'érotisme, un plus long baiser dans un coin plus sombre ou à la vue de tous, pourquoi pas après tout?

Ce que j'aime de M., c'est la simplicité qu'il déploie avec des manières de géant. Il m'ébranle avec des moyens de gamin. Ce coeur bombé, c'est une surprise qui a fait jaillir un sourire immense au creux de toutes mes pores. Ce que j'aime de lui aussi, c'est que notre sortie au restaurant Rumi d'hier soir, c'est une soirée vraiment spéciale. Monsieur n'aime pas les restos au quotidien et quand nous y allons, c'est parce que le moment est le bon. Tout fût excellent, jusqu'à lui qui gambade par-dessus les bancs de neige pour arriver à l'arrêt d'autobus en même temps que l'engin. Sous le viaduc de la rue Jarry, en rentrant, il s'amuse à marcher à reculons en glissant les pieds et il rigole en nous imaginant toujours nous déplacer ainsi. Pourquoi pas? qu'il demande avec son coeur d'enfant qui s'émerveille d'un rien. Il y a des étoiles qui explosent dans sa tête et de la barbe à papa lie ses neurones.

Et dans le froid et dans la neige balayée par des coups de vent à faire frissonner le yéti, nous étions bien. Nous sommes les enfants d'un pays de neige. Et même si nos corps oublient la morsure du gel dans leur dorure de juillet, ils réussissent toujours à passer au travers cette saison grandiose.

Quand je sors de chez moi dernièrement, je suis un être difforme coincé dans un habit boursoufflé qui me protège du souffle des mois blancs. Je suis bien dans mon manteau en duvet, avec mes mitaines immenses - Pl. du onzième dit qu'elles sont parfaites pour retirer des plats chauds du four -, mon foulard en laine d'apalga, mes bottes à l'épreuve de la gadoue et ma tuque bleu électrique en tissu éponge. D'ailleurs, l'autre jour, GM m'a reconnue dans un stationnement de Laval pendant qu'elle roulait sur une voie de sortie de l'autoroute à cause d'une tache bleue qui a accroché son oeil. Les cyclistes ont leur petite lumière clignotante, j'ai ma tuque. M. n'aime pas ma tuque. Moi, je trouve qu'elle fait ressortir le bleu de mes yeux pers.

L'hiver, il fait froid. C'est notre lot à nous, habitants des parallèles supérieurs de cette planète. Et puis, il y en a toujours qui se plaignent. Pas de neige au mois de décembre, c'est la fin du monde, trop de neige en février, c'est l'enfer sur les routes! Bon, je l'avoue, je suis de ceux qui craignent ne plus voir un jour le tapis immaculé se dérouler dans un avenir rapproché, mais ces jours-ci, je file le parfait bonheur. Le froid fait couler mon nez et rougir mes joues. Mes cheveux sont plats et en bataille - en fait, ils sont toujours comme ça! - et trimballer mon attirail dans les entrailles souterraines n'est pas une tâche facile, mais c'est comme ça, ici l'hiver, il faut s'adapter, se transformer. N'est-ce pas que nous sommes chanceux de voir les visages de Dame Nature changer avec autant de proximité et de précision? N'est-ce pas que la saison froide est aussi celle des chocolats chauds mi-amers, des corps enroulés et avides, du silence solennel des nuits noires aux flocons lourds et légers ressemblant à des bouts de cumulus déchiquetés par des anges? Et bien sûr, c'est aussi l'occasion de la St-Valentin. Han-han!

2.14.2007

Je t'aime Lu!!!

M.

2.13.2007

le véritable axe du mal

Je viens de regarder un reportage qui n'a jamais été télédiffusé.* Sans doute que Monsanto n'a pas aimé qu'on l'égratigne. Cette compagnie qui imprime pratiquement les billets de banque tellement elle roule sur l'or oeuvre dans l'ombre et pourtant, elle décide du sort de l'humanité. Vous croyez que j'exagère? Eh bien, sachez que Monsanto fabrique des aliments génétiquement modifiés dans ses laboratoires tout en développant aussi des produits pharmaceutiques - parce que bien sûr qui dit alimentation appauvri dit besoin de médication -, des pesticides - bien que ces plantes modifiées soit supposément capables d'y résister! -, des insecticides et j'en passe. Cette compagnie inconnue de la majorité humaine est beaucoup plus destructrice que Walmart et pourtant, elle continue à faire la pluie et le beau temps en couchant avec les gouvernements du monde entier qui plient l'échine devant ce bel étalon américain qui engraisse ses ouailles aux pots-de-vin ou aux menaces, c'est selon, et ce, tout en demeurant ni vue ni connue.

Monsanto, c'est cette compagnie qui a poursuivi en justice un fermier Canadien parce que des semences ogm d'un champ voisin sont atterries dans son champ après un vol plané et qu'elles sont devenues des plants matures qui ont bousillé sa récolte. En fait, c'est le fermier qui poursuivait la compagnie parce que ces plants ont brisé le mode de reproduction naturel de ses plants non génétiquement modifiés et finalement, cette salope de bête industrielle sans foi ni loi lui a flanqué toute une râclée en l'accusant de ne pas avoir payé ces semences qui ont donné les plants matures! Des salauds de la pire espèce qui ont déjà destitué des journalistes américains qui tentaient de faire un peu de lumière sur leurs pratiques si confidentielles et pourtant d'ordre public.

La santé publique, Monsanto s'en lave les mains. Tant que les sous s'alignent en beaux milliards, qui a peur des conséquences physiques que les cobayes humains subiront, que dis-je, subissent déjà? Monsanto, c'est aussi l'inventeur de l'agent orange qui a décimé les forêts densent de l'Asie sud-est récalcitrante dans les années soixante, sans parler des populations animales, incluant l'humain. Encore aujourd'hui, des enfants naissent malformés parce que leurs parents vivent dans des contrées sursaturées de toxicité.

L'humain a besoin de manger et Monsanto se targue de sauver le monde avec des organismes génétiquement modifiés qui viendront éradiquer la faim des peuples pauvres et démunis. Monsanto n'en a rien à foutre si vous voulez mon avis. Elle se vautre dans l'impunité et le monde est son laboratoire.

Oh! En passant, c'est aussi Monsanto qui a mis au point cette qualité particulière qu'ont certains plants: l'impossibilité de réutiliser les semences la deuxième année de récolte. Les fermiers doivent donc se réalimenter en semences année après année, sans parler des pesticides et des insecticides qui sont également vendus pour assurer de meilleure récolte que la compagnie leur dit.

Des salauds, je vous dis, des salauds.

* voir lien: ogm à canal +

2.11.2007

juin approche

Bon, d'abord, il y a une deuxième partie au livre mentionné dans mon dernier blog. C'est la fameuse partie étayant le plan B en réaction à l'étalage du cafouillage majeur résultant de l'expansion humaine sur le dos de la planète. L'espoir nourrit autre chose que l'illusion. Il nourrit la volonté. Il le faut.

En ce jour du Seigneur, nous passons la journée avec Cl., maman de M. Elle et moi sommes allées faire l'épicerie à l'IGA extra qui sera bientôt aussi le nôtre. St-Hubert-on-the-beach baby! Des boulevards larges de six voies et des agglomérations de magasins, des quartiers résidentiels et des parcs. Le tout séparé. À chaque endroit sa fonction. Étrange banlieue où les trottoirs s'achèvent abruptement, où la pinte de lait s'achète en embarquant dans son véhicule, où les jeunes se réunissent aux arrêts d'autobus ou au dépanneur du coin pour fumer des joints.

Mais là où notre maison sera, il y aura aussi un coin pour jardiner, des murs qui nous appartiendront et dont nous serons responsable. Ecoconsommateur. Je me suis procurée un guide des marchands régionaux intéressants: fruitiers, boulangeries, poissonneries, aliments naturels. Je partirai avec mon vélo chercher mes vivres. Je ne veux pas m'enliser dans ma bagnole pour un oui, pour un non. Je ferai le détour à pied qui assurera mon état de santé. Je trimballerai les sacs qui tendront mes muscles du haut du corps. Je foulerai le bitume, je grimperai les escaliers de la station Bonaventure. J'avalerai encore des kilomètres.

Hier Gl. et Nc., les propriétaires actuels de notre maison, nous ont parlé du voisinage. À côté, Nm. et Ll. sont leurs meilleurs amis. Derrière, il y a Kr. et A. qui ont un petit garçon et une fillette. Ils sont musulmans. En face, il y a des Guatémaltèques. Gl. nous a raconté que les clôtures se sont érigées progressivement à partir du moment où une voisine a monté une palissade pour cacher sa cellulite et ses bourrelets lorsqu'elle allait faire saucette. Mais avant, les terrains n'avaient ni début ni fin et tout le monde jouait au foot ensemble. J'apprends à Gl. que cette tendance est à la hausse dans les nouveaux développements, surtout dans l'ouest canadien. Les humains réalisent les bienfaits d'une proximité communautaire. Les enfants intéragissent pendant que les parents sirotent un verre de rosé ou grillent des zucchinis sur des barbecues collectifs.

On en prend, on en laisse, mais du moins, on avance.

2.07.2007

comment désamorcer l'apocalypse un mercredi après-midi

Le livre que je lis depuis trois jours commencent sérieusement à m'alarmer. Plan B 2.0, Rescuing a Planet Under Stress and a Civilization in Trouble de Lester R. Brown m'a été recommandé par un collègue. Jusqu'à maintenant, j'ai gobé des chiffres faramineux par rapport au oil peak, comme les spécialistes des combustibles fossibles disent dans leur jargon, au niveau des nappes phréatiques qui chutent dramatiquement, aux lacs qui disparaissent de la surface terrestre, aux tonnes de blé et de riz qui boivent des milliers de litres, à la démographie mondiale qui ne cesse d'augmenter ses rangs au détriment des ressources qui se raréfient.

Un enfant. Un enfant dans tout cela, est-ce possible? Est-ce juste? Alors quoi? Se laisser mourir en tant qu'espèce? S'éteindre tranquillement, ni vu ni connu. Nos siècles ne sont rien comparativement aux ères qui nous précédent. Nous les humains. Eux les espèces nées avec nous dans ces climats, sur cette planète qui s'est transformée en Eden le temps d'expérimenter. Nous ou elle? Le karma planétaire est beaucoup plus vaste que le nôtre, non? Brahma qui nous porte en lui comme autant de molécules, de particules, de globules. Et qu'en est-il de ces nuages d'hydrogène qui explosent pour faire naître des soleils? Et les Raëliens un coup parti. Sont-ils ceux qui s'envoleront forniquer sur une autre planète en observant sur la Terre du haut de leur baisodrome les bombes nucléaires tout souffler quand les pays se déchaîneront pour la dernière goutte d'eau, le dernier grain de blé, la dernière fleur à respirer?

Un enfant c'est plus fort que tout, non?

2.04.2007

rockets

O.K., les Lays, c'est Sm., notre hôte - en fait son papa est celui qui nous accueillait tous sur sa terre - aux patins non aiguisés. Eh oui, il est arrivé avec de beaux patins neufs, mais personne ne lui a dit qu'il devait les faire effiler. Il s'est quand même très bien débrouillé. Comme la plupart d'entre nous, en tenant en équilibre et en s'en remettant à la main du hasard pour guider la rondelle.

Nous nous sommes rencontrés à 11 h sur le trottoir d'en face pour ensuite sauter dans deux voitures et filer sur la 40 est, direction Berthierville. Sur le chemin, les deux bolides compacts se sont suivis en douce dans la journée tantôt enneigée, tantôt grise.

Un arrêt à l'épicerie plus tard, nous repartions avec de la bière, des pains oblongs et des saucisses, histoire de s'improviser des hot-dogs sur le feu. Mr. a grapillé des branches pour griller le tout façon guimauve. Le résultat a réussi à calmer la faim. L'objectif était le bon.

L'important fut le temps de glace. Quel plaisir de se lancer les uns et les autres sur la surface polie au milieu de nulle part. Avec des bottes de foin en guise de poteaux, le buts ont aussi servi à amortir de temps en temps la chute d'un joueur ayant perdu le contrôle. Fous rires garantis. P. était sans conteste l'étoile du match, toutes équipes confondues. À un moment, il jouait contre quatre d'entre nous et réussissait encore à scorer quand l'envie lui prenait. Le jeu démontre les qualités de conciliateur de certains et les tempéraments bouillants d'autres. P. est un joueur d'équipe qui sait faire les passes qu'il faut. Un bon coach, un bon papa, un bon prof.

D'ailleurs, sur le chemin du retour, il s'est amusé à nous questionner sur le Québec en feuilletant un atlas routier. Il nous a défié de nommer la région administrative dans laquelle notre future ville - j'ai nommé St-Hubert-on-the-beach - se retrouve. Oui les amis, c'est la Montérégie. Tout bêtement, je croyais que la Montérégie, c'était la région touristique. M. a nommé toutes les villes contiguës à la ville dans laquelle il a grandit, sauf une, Carignan. De toute manière, St-Hubert fait maintenant partie de la grande Longueuil.

À la maison, nos vêtements sentaient la fumée. Nous avions bourré nos poumons d'air pur sur un coin du monde que l'on appelle St-Cuthbert où les horizons sont libres et infinis. Nous dormirons à poings fermés et nos hématomes de demain seront nos trophées de joie.

2.03.2007

delirium II

Mon corps est rompu de fatigue, mis à l'épreuve par quelques Cosmopolitan délicieux enfilés la veille. Cocktail insidieux s'il en est un. Précédés de Calvados, je me tenais quand même debout à la fin de la soirée exquise passée en compagnie de Sr.

Cela faisait trois semaines que nous reportions cette rencontre. Mais voilà, hier soir, nous nous sommes attablées au Cheval Blanc pour l'apéro puis Ô Chalet, après une marche dans un décor aussi féérique qu'une des dernières scènes d'Edward Scissorhands, celle où par cliquetis effrenés, Edward fait neiger en sculpant l'effigie de son amoureuse dans un bloc de glace.

Au resto, notre serveur, Ns., nous a offert une attention soutenue et agréable. Notre repas fut impeccablement apprêté par Fr., le chef, que nous sommes allées remercier.

Et aujourd'hui, par recommandation de Sr., M. et moi sommes allés visiter un site Internet d'un artiste talentueux et rebelle: Banksy - voir liens. L'art de se faire voir sans être vu, lui il comprend. L'art aussi de percuter avec une image qui vaut mille mots.

Enfin, dans ma tête, les paroles d'une superbe chanson d'Arcade Fire tourne en boucle.

My body is a cage
That
keeps me from dancing with the one I love
And my mind holds the key

Et je crois que presque tout est beau. J'ignore comment le dire parfois tellement l'abondance que me procure l'opportunité de respirer me fait planer alors j'utilise des mots pour décrire. Mais des fois, il faut voir, vibrer, avoir la chair de poule. Et comment alors mettre des mots pour rapporter ces sensations. L'imaginaire n'a pas besoin de cadre fixe. Il a surtout besoin d'un élément déclencheur. Et quand le film démarre dans notre esprit, et quand ce film fait du bien, alors comment ne pas être bien en retour? Et quand il y a le beau et le bien, le bon s'en mêle tout naturellement.

Et le bon, c'est le bonbon que procure cet engagement assumé entre le créé et la création. Sublime élixir des choses toutes simples qui propulsent dans les sphères doucereuse d'une relation indestructible, immuable, imprévisible.

M. m'attend au lit. La pièce où j'écris est plongée dans la pénombre. Mon rein droit commence à élancer. Vaut mieux aller me ressourcer.

2.01.2007

pot-pourri

Loin de moi l'envie de larmoyer et de surcroît, de venir me moucher dans votre manche. Si j'ai évoqué le décès de mon père dans mon blog précédent, c'est tout simplement parce que cet événement fait partie de ma vie et qu'il est assez important pour que cette période de l'année me soit remarquable.

Mais vous savez, la date de son décès a été sublimé récemment par un autre événement: celui de la conception de ma nièce Em., petite poulette de mon coeur. En effet, la lueur dans l'oeil de mon beau-frère est devenue une ovule ensemencée il y a bientôt trois ans de cela. B. et Bb. ne se voyait pas beaucoup à ce moment-là et quand ma soeur a reculé pour tenter de retrouver l'instant créateur, elle a réalisé que ce ne pouvait être que cette journée, ce 18 février.

Lumière qui englobe tout.

Sur une autre note, je dois absolument mentionner M. qui n'en peut plus de compter les jours avant notre entrée dans notre maison. De son lever à son coucher, il évoque notre proche déménagement vers ce saut qui scellera notre vie commune. Je l'aime, que voulez-vous, il me fait craquer à tout coup.

Enfin, dimanche qui vient, nous sommes invités à aller jouer au hockey sur une patinoire maison à St-Cuthbert. Le père de notre voisin du rez-de-chaussée habite là, sur une terre avec étang gelé et Ps., notre charmant voisin d'à côté, annonce une température idéale pour pousser la rondelle. Je vous en reparle. C'est promis.