orphelins de l'Éden

2.17.2012

duo

Dans un vingt-quatre heures, il faut savoir improviser.  Capacité d'adaptation niveau deux, comme dans deux enfants.  Les besoins du grand de deux ans et ceux de la petite de deux mois.  Heureusement, il y a également deux parents, ce que j'oublie parfois.  M. me le rappelle justement ce matin même que je n'ai pas à tout essayer de gérer seule, que bien que j'aie une facilité à jongler tous les ingrédients de la recette "foyer-famille", il m'est impossible de tout assumer.  Mon partenaire de vie me supporte dans cette gestion de nos vies entremêlées, du moment que je lui permette et que j'accepte son aide, et non, il n'arrive pas à lire dans mon esprit tout mon plan élaboré sur mesure pour la nouvelle journée qui avance, alors je dois apprendre à le lui verbaliser, pour ne pas engranger de ressentiment.

Par exemple, ce matin, fillette est réveillée au moment où M. et garçon doivent se tirer du lit, ce qui veut dire que je l'ai dans les bras.  J'accompagne Bo. à la salle de bain pour son pipi du matin, mais là, je dépose Cm. sur la table à langer parce que j'ai besoin de mes deux mains pour retirer le pyjama de garçon, en prévision d'aller l'habiller dans sa chambre tout de suite après.  Le pipi du matin de garçon évacué, c'est au tour de celui de fillette puisqu'elle vient de boire.  Alors garçon attend patiemment, debout tout nu sur le tapis de douche parce que la céramique de la salle de bain est froide.  Et M. qui est toujours au lit, décide de se lever, pour venir enfin à la salle de bain, vêtements en main, qu'il enfilera au sortir de sa douche.  Beaucoup de trafic dans cette petite pièce.

Habituellement, M. saute dans sa douche tout de suite après son pénible saut du lit, tandis que je m'occupe de la routine déjeuner de garçon.  Mais ce matin, j'en ai plein les bras, littéralement.  C'est qu'une tâche aussi simple que vêtir garçon se complique avec une petite poulette qui s'époumone si déposée.  Surtout que garçon me dit qu'il ne veut pas "la poche".  Traduction: maman, tu dois t'occuper de moi en priorité, pas de ma soeur.  Et puisque mon coeur comprend son besoin de ce genre de petits moments avec moi, qui ne lui offre plus du tout cette totale exclusivité à laquelle il fut habitué deux ans durant, je jette un regard vers M., fort occupé à se curer le nez.  Ce qu'il lit dans ce regard, c'est de l'impatience.  Ce que je voudrais qu'il lise c'est mon besoin pour lui de voir la situation et de prendre tout naturellement fillette, le temps que je mette en branle le matin de garçon, qui ira bientôt s'installer avec son déjeuner devant ses bonhommes télévisés.  Besoin de dix minutes tout au plus.

M. est d'humeur extrêmement agréable depuis qu'il sait que sa vie a changé pour le mieux.  Ce nouvel emploi qu'il débutera dans deux lundis l'apaise et lui permet de supporter mes excès de ressentiment né de ce que j'ai du mal à comprendre qu'il n'ait pas cette facilité de jongler tous les ingrédients de la recette "foyer-famille".  J'oublie que les hommes et les femmes n'ont pas les mêmes attributs, que deux individus vivant sous un même toit ne les aient même pas.  Trop exigeante, trop dans l'expectative de ce que mon partenaire soit sur la même longueur d'ondes que moi, surtout quand les besognes s'alignent.

M. est un papa extraordinaire, un partenaire tout à fait à la hauteur, un amoureux attentionné.  Je ne pourrais pas sans toi.        

2.14.2012

avant d'oublier

Fillette fait de l'acné du nourrisson.  Ces petits boutons rouges qui mangent ses tempes, son front, ses joues, son menton et un peu de son cou sont apparus il y a trois semaines et disparaîtront d'eux-mêmes d'ici quelques semaines.

Sinon, il faut aussi noter qu'à six semaines, tu portes des pyjamas une pièce de taille six mois.  Longue, longue, nulle doute.

Tu pleures beaucoup en soirée, encore.  Autour de tes trois mois, je le sens, ça devrait aller mieux.  Tu seras plus habituée à ta nouvelle vie, à nous, à l'activité de fin de journée.

Tu bois aux heure et quarante-cinq, deux heures le jour.  J'ai commencé à noter les heures de ton rythme dans un cahier, comme je l'avais fais avec garçon.  Ainsi, je verrai plus clairement tes patterns.

Ma bébé qui est si éveillée.  Tu bois rapido presto et puis après, tu chilles pour environ une demi-heure, les billes grandes ouverte afin de tout saisir de ce qui t'entoure.

Tu t'endors instantanément lorsque nous sortons dans l'hiver pour marcher, toi bien emmitouflée dans le porte-bébé.

Tu commences à esquisser des sourires, certains par réflexe, d'autres par intention.  Ils sont si mignons.

Nos nuits sont bonnes.  Tu comprends qu'il te faut te rendormir.  Malgré trois réveils environ, ils ne s'allongent jamais au-delà d'une demi-heure, changement de couche et processus pour replonger dans le sommeil y compris.

Tu es forte.  Ton cou, ta tête, tes jambes.  Quand je t'installe dans l'Ergo et que ça ne fait pas ton affaire, tu pousses et tu te raidis.  Petite furie.

Je t'aime tellement déjà que c'en est presque indescriptible.  La nature est puissante.  De nous lier ainsi mystérieusement, si rapidement.  Malgré qu'il n'y ait pas de mystère au fait que je te trouve tout simplement craquante petite beauté.

2.08.2012

couronné

Un très bon jour.  M. est parti le coeur léger, soulevé par des ailes d'ange, chaussé de bouts de nuage.  C'est qu'il allait enfin annoncer à son patron qu'il démissionne.  Après des mois d'insatisfactions, de frustrations, de coups durs pour l'estime, son calvaire est terminé.  Il a su hier après-midi qu'un nouvel environnement de travail lui ouvrait les bras.  Un endroit qui brille en comparaison avec tout le gris qui polluait mon homme depuis trop longtemps.  Je lui prédis là-bas des années et des années de bonheur.

Ce boulot de rêve se trouve à une dizaine de minutes en voiture du paradis, dans un bâtiment certifié LEED, et il y aura des femmes dans son environnement de travail - là où il était, ce n'était que de la testostérone geek - pour un meilleur équilibre des tempéraments.  Les avantages sociaux de ce milieu privé sont comparables au mien, qui est gouvernemental.  Le travail, de la programmation de gestion, sera un beau défi pour M., habitué par ces expériences de travail à de la programmation industrielle.  L'horaire lui permettra de se prélasser un peu plus longtemps dans le lit le matin et de revenir plus tôt le soir.  Que du bon que je vous dis.

Il lui en aura fallu des déceptions cruelles pour aboutir à cette opportunité.  Le chemin comportait ses obstacles.  Il a été fort.  Il a tenu bon.  Il a continué à croire.  Pour réussir.  Il a gagné tout ce qu'il mérite, à la sueur de son coeur.

2.01.2012

centaines

Premier jour de février et première journée d'exclusivité auprès de toi.  Ton papa a repris le chemin du boulot lundi dernier et ton frère, celui de la garderie aujourd'hui, après deux jours de convalescence au paradis pour cause de vilain rhume.  Ma bébé.  C'est un nouveau surnom, survenu de lui-même - comme tous les autres - la semaine dernière.  Des heures ensemble, juste toi et moi, pour une première fois, de centaines à venir.

Ma bébé, petite clone de mon bébé.  En effet, en regardant des photographies de garçon nouveau-né hier soir, ton papa et moi avons été saisis par l'évidence: vous vous ressemblez comme deux gouttes d'eau.  Nos gènes mixés semblent avoir donné un cocktail très similaire.  Une version masculine, une féminine.  À quelques différences près.  Yeux bleus pour garçon, yeux foncés pour toi.  Bo. dit que tu les as noirs.  Bruns très foncés qu'ils sont plutôt.  Pour l'instant du moins, parce que l'on sait bien que tout n'est pas fixé encore pour ce qu'ils seront le restant de ta vie.  D'ailleurs, lorsque ton iris capte un rayon de lumière, on y perçoit également un reflet vert.  Des yeux bruns foncés pairs.  Peut-être, et pourquoi pas petit mélange de ton papa et moi.

Tu roupilles dans l'Ergo.  J'ai recommencé à me sangler de ce porte-bébé depuis deux semaines.  Ce survêtement bien utile pour vaquer à mes occupations tout en t'ayant près de moi, ton frère l'appelle la poche.  Nous lui avons dit que c'en était une comme dans le livre qui raconte l'histoire de Jojo et de sa maman kangourou.  La poche de Jojo.  Cette image lui a suffit pour accepter le fait que sa soeur est toute petite, toute molle, qu'elle ne peut pas encore se tenir toute seule, encore moins s'asseoir ni marcher et qu'elle doit donc être portée.

Garçon accepte beaucoup de faits à ton propos.  Il accepte que tu aies priorité pour ma proximité et mes soins, même si lorsque je t'installe au sein, il vient souvent tendre les lèvres vers un mamelon lui aussi, ce qui ne dure qu'une seconde ou deux.  Juste pour dire.  Dire que maman lui permet d'être là lui aussi.  Et dès que nous nous collons lui et moi, il place sa petite main sur la peau de ma poitrine.  Une manière à lui de trouver son réconfort.  Un souvenir de nos centaines sessions d'allaitement.

Pendant ces deux derniers jours, il a joué au devin lorsque venait le temps de changer ta couche.  Parce que je te propose le pot à chaque fois en te soutenant au-dessus de la cuve de toilette, il lançait sa prédiction avant que tu n'exécutes ton besoin: pipi, caca, ou les deux.  Tes cacas jaunes et liquides l'impressionnes et il t'en félicite, comme nous le félicitons lorsqu'il va à la selle.  La roue qui tourne j'imagine.

Avec la routine qui prend son cours tranquillement pour ce nouveau pan de ma vie, je retrouverai peut-être le temps de revenir ici plus souvent.  Quoi qu'il en soit, dès ma prochaine visite, j'entame la dernière centaine avant d'atteindre mon millième message.  À ce moment-là, tu auras sans doute près d'un an.  Comme quoi tout bouge définitivement vers l'avant dans un mélange de rapide et de lent.   

              

1.24.2012

profiter temporairement

Coupable de ne pas écrire autant que lorsque ton frère est né.  Me le pardonneras-tu d'être venue après lui et de ne pas avoir la même quantité de traces que je lui ai laissées.  Je l'espère bien parce que ce n'est pas une question de moins t'aimer.  Folle d'amour que je suis pour ta petite bouille, petite chose.  C'est d'ailleurs un de tes surnoms.  Petite chose.  Furie, petite miss, louloute.  D'autres.

Au début de la semaine dernière, nous sommes allés rencontrer ton nouveau pédiatre.  Dr Y ayant déménagé sa pratique dans une clinique montréalaise, nous avons entrepris de trouver un autre médecin plus près du paradis et nous avons réussi.  Dr. A B s'est avéré détendu, sympathique et compétent, au premier abord du moins.  Il a aussi accepté de s'occuper du suivi de garçon, alors voilà, c'est officiel, nous avons un nouveau toubib pour nos chérubins.

Cette rencontre nous a appris qu'en moins de trois semaines, tu as grandi de trois centimètres.  D'ailleurs, le jour de ce rendez-vous, j'ai dû changer toutes tes menues tenues de nouvelle-née pour d'autres avec l'inscription "3 mois" sur l'étiquette.  Une belle liane comme ton grand frère.  Ma liane, mon bambou.  Deux beaux trésors se déployant sous mes yeux.  Riche de vos vies.  Pour rien au monde revenir à quand vous n'étiez pas là, près de moi.  Même si j'avais alors tout le temps pour faire tout ce que je voulais.  Ce que je veux, c'est vous.

1.13.2012

observations

Tu as deux semaines depuis hier.

Le bout de cordon ombilical a séché et est tombé de ton nombril lundi.

Je t'ai coupé les ongles hier pour la première fois.  Si j'avais pu, je l'aurais fait depuis le jour de ta naissance tellement ils étaient longs, mais ils étaient aussi collés à ta peau et j'aurais pu te blesser.

J'ai attrapé un premier pipi - en plus d'un caca - hier.  Je disais justement à ton papa que juste avant que tu nous fasses un pipi live sur la table à langer, tu as un moment de calme qui détone d'avec ton état d'alerte typique quand nous te changeons.  Cependant, pas de pression pour faire bébé pas de couche.  Seulement une constatation qu'étant passé par là avec garçon, il nous sera peut-être plus facile de reconnaître certains signes.

Tes traits changent lentement, ils se précisent.  Ta peau n'est plus violacée comme à ses débuts.  Je me souviens qu'encore à ton quatrième jour, tes pieds étaient si violets que je me suis demandée si cette coloration n'était pas inquiétante.  Ton rythme, quant à lui, se définit.

9 h du matin: boire, suivi d'un changement de couche, puis d'un gros dodo
12 h 30: boire, couche, dodo
14 h 30 - 15 h: boire, couche, court dodo
16 h 15: boire, couche, dodo léger et ce jusqu'à vers 21 h, entrecoupés de pleurs inconsolables.  Certains diront: coliques.  Je dis: marathon pour s'épuiser et se gaver avant une bonne nuit.
Autour de 21 h: gros dodo, enfin.
1 h 30 - 2 h: boire, couche, gros dodo
5 h 30: boire, couche, gros dodo
9 h: tout recommence.

Alors, quand garçon rentre de la garderie, tout ce qu'il voit de toi, ce sont tes sessions au sein et tes pleurs inconsolables.  Malgré cela, il accepte ton état de fébrilité et continue sans frustration le court de sa journée.  Un très bon grand frère que tu as.  Sans doute parce qu'il sait que tout cela n'est que passager.  Viendra le moment où tu auras grandi et que pour lui, tu seras une amie.

près, partez

Depuis que nous avons quitté l'hôpital, deux jours après ta naissance, j'essaie de venir consigner le plus possible les instants qui sont tes premiers, mais le temps file et des imprévus surviennent.

Alors première chose, comme je viens de le mentionner, nous avons quitté une journée plus tôt que prévu l'hôpital parce que tu allais très bien.  Le fait que tu sois une championne buveuse t'a assuré d'éviter une jaunisse en évacuant efficacement et rapidement les toxines de ton corps.  Aussi, cette fois, je me remets sur pieds beaucoup plus facilement suite à la chirurgie, bien qu'ils aient recoupé au même endroit.  Peut-être que les points de suture ont vraiment assuré une meilleure cicatrisation, dès le départ.  Peut-être aussi que mon corps avait gardé une mémoire de ma convalescence d'il y a deux ans.  Quoi qu'il en soit, malgré quelques douleurs normales suivant une césarienne, je récupère rondement.

J'en reviens encore à l'allaitement.  Je crois qu'une grande part de la facilité dont j'ai l'impression pour l'arrivée de ce deuxième enfant vient de ce que j'en aie tellement arraché avec l'alimentation de garçon au début.  Maintenant, cette normalité que je vis à nourrir ma fille sans souffrir et sans complication - bien sûr, il y a eu la montée laiteuse, avec un peu d'engorgement et même des canaux lactifères bloqués, mais rien de majeur -, je l'apprécie au centuple.

Dès notre sortie de l'hôpital, nous sommes allés chercher garçon chez sa mamie.  Je tenais à ce que nous passions tous les quatre ensemble le pas de la porte pour la première fois.  Notre petite famille unie pour la vie, au paradis.  Garçon était si heureux de nous retrouver et nous de même.

Au premier boire pour sa soeur à la maison, il a bien tenté de la tasser pour prendre sa place, mais il a vite compris qu'il allait devoir l'accepter là.  Ce n'est pas qu'il ne l'aime pas, bien au contraire.  Il lui flatte sa fine chevelure et la couvre de baisers, mais il veut sa maman pour lui tout seul, comme avant.  Honnêtement, c'est ce que je trouve le plus difficile depuis ces derniers jours, ces moments où je suis avec lui, soit à jouer, soit à le mettre au lit, et que Cm. commence à pleurer, ce qui signifie qu'elle a besoin du sein.  Il le comprend ce message, mais dans ces moments-là, il ne veut pas me partager et m'implore pour je reste auprès de lui.  Ses larmes me brisent le coeur, même si je sais que c'est dans l'ordre des choses.

Cm., c'est ton nom.  Ton papa en a décidé ainsi le matin du dernier jour de l'an 2011.  Tu avais deux jours et depuis ta naissance, il penchait définitivement vers ce choix.  L'autre prénom a tout de même été inscrit comme deuxième prénom sur ton certificat de naissance.  Pour le côté anecdotique.

Le mardi suivant notre retour à la maison, une infirmière du CLSC est passée pour s'assurer que tout allait pour toi, mais aussi pour me retirer mes points de suture.  Ayant quitter l'hôpital une journée plus tôt que prévu, il fut entendu que c'est comme cela que nous procéderions.  Croyez-le ou non, lorsqu'elle a vu la cicatrice, elle fut fort perplexe, m'avouant ne pas savoir comment s'y prendre pour ce genre de suture.  N'ayant pas scruter ma plaie de près, elle m'explique qu'elle ne voit pas de points à proprement parler, mais plutôt deux bouts de fil qui dépassent de chaque côté de l'incision, bien soudée elle.  Je pense: vont-ils devoir me recouper pour me retirer les points, et puis non, je me dis que ce doit être comme un sac de farine, qu'il suffit de tirer sur un côté pour le reste du fil ne suive.  Je lui propose qu'elle appelle sa superviseure et je l'informe qu'à l'hôpital, les infirmières parlaient de ses points comme étant un surjet.  Sa superviseure confirme mon intuition de sac de farine, mais l'infirmière n'ose pas tenter le coup de tirer.  Elle me suggère donc de me présenter le lendemain au CLSC, à la clinique sans rendez-vous, pour qu'on me les retire.  Une maman allaitante, encore faible sur ses pieds si debout trop longtemps, devant se taper l'attente de la clinique sans rendez-vous.  Eh oui, c'est le prix à payer pour faire les choses autrement j'imagine.  Le lendemain, ce n'est que la troisième infirmière qui m'ausculte qui tire enfin sur le fil.  Pas de points, qu'elle explique aux deux autres qui observent, suffit de tirer pour que le reste ne suive.  Comme un sac de farine.

Ensuite, une semaine jour pour jour après ta naissance, ton papa et moi, nous nous tapons une gastro, sans doute due à une indigestion alimentaire puisque la maladie se déclare en même temps pour nous deux et que garçon et toi seront fort heureusement épargnés.  Heureusement aussi, la maman de M. vient nous donner un coup de main pour cette interminable journée de jeûne forcé où nous lapons une solution sucrée salée concoctée maison pour nous réhydrater.  Ton papa a été diablement atterré par des vomissements et une diarrhée violente, moi, un peu de diarrhée, mais beaucoup, beaucoup de faiblesse et fatigue.  Malgré tout, te donner absolument le sein et tenter d'accompagner garçon et mamie dans leurs jeux.  Interminable.

À partir du vendredi après sa sieste jusqu'au samedi soir suivant, le découragement s'installe lorsque garçon décide de régresser et de faire dans sa culotte tous ses pipis ou à peu près tous.  Lui qui a une excellente rétention devient un pisse-minute et en plus, il ne nous dit pas "pipi" ou "caca" comme il le fait depuis plus d'un mois, facilement.  Découragée, je vais lire sur Internet pour essayer de trouver quelle approche adoptée au niveau de la communication avec lui.  Finalement, en gros, il ne faut pas le gronder ni le cajoler ni trop communiquer avec lui - ce que nous faisons et que je crois qui détenait la solution.  Il est recommandé de rester neutre et patient, ça passera.  Une semaine, deux, voire un mois ou plus, mais ça reviendra.  J'appelle son éducatrice pour lui demander conseil, elle qui en a vu des enfants réagir à la venue d'un frère ou d'une soeur.  Elle me confirme ce que j'ai lu et elle est claire sur le fait que lundi, lorsque Bo. reviendra à la garderie, elle le veut en culotte.  Pas question de remettre des couches, elle est capable de ramasser des dégâts.  Elle pense, comme moi, que la présence des autres et la reprise de la routine à la garderie favoriseront un retour à la normale.  Enfin, le déclic s'opère dès la retour de garçon et de son papa d'une sortie samedi soir.  Depuis, zéro accident et le message est redevenu simple.  Ouf.

Un début d'année sans temps morts.  Sans doute le pouls de cette 2012, recelant une foule de rebondissements.

1.04.2012

rebirth, suite

Tu es si prêt à présent et je n'ai pas peur.  Ensemble, nous franchirons cette étape qui te révélera à nous et je te sentirai sur moi, plutôt que dans moi.  Dr P débute la chirurgie et M. prend place à mes côtés.  Je lui serre les doigts parce qu'il est le fil qui me tient accrochée à tout ce qui se passe.  Ce qui se passe, ce croisement entre le passé et le présent, cette superposition qui s'opère pendant que mon esprit se concentre.  Aucune place pour la tristesse puisque tout l'espace est occupé par ma joie jaillit de ce que tu t'en viens enfin.

L'anesthésiste me glisse à l'oreille qu'au train où va l'intervention, tu verras le jour à 10 h 53.  Moins de dix minutes donc entre le premier geste opératoire posé par Dr P et ta première respiration autonome.  Finalement, l'inhalothérapeute annonce 10 h 51 lorsque tu pousses un petit cri de chaton.  Notre fille est née.

Je recommande à M. de jeter un coup d'oeil de l'autre côté du champ stérile, où se déroule l'expulsion, pour te voir chère perle qui quitte à peine son écrin.  Il le fait et Dr P le tance gentiment en lui expliquant que s'il veut garder de bons souvenirs, mieux vaut attendre qu'ils nous la présentent là où il y a un peu moins de sang et de quincaillerie.  Il est rigolo Dr P.  Elle apparaît alors portée dans ses mains au-dessus de l'écran bleu, notre ange.

Rapidement, elle se fait examiner et évaluer.  Son APGAR est excellent: 9-9-9.  On l'emmaillote et comme promis, on vient me la déposer dans mon cou.  C'est que ma poitrine déborde de l'autre côté du champ stérile et que l'espace est restreint pour accueillir son petit corps, mais du moins, je peux la toucher.  Elle est si prêt de mon visage tourné lui vers les projecteurs de la salle d'opération que je ne peux pas la voir vraiment.  Mais ce que j'ai entre-aperçu de ton visage, c'est que toi aussi, tu as le nez du côté de ton papa, comme ton frère.

Vient le temps de nous séparer et papa part avec toi vers le département de maternité pendant que je me fais recoudre par Dr P qui blague à propos des points de suture que j'ai demandés.  Il dit qu'il y avait longtemps qu'il n'avait recousu un bas de pantalon.  Le personnel médical est curieux de savoir pourquoi j'ai demandé à les avoir, plutôt que les fameuses agrafes.  Je leur explique que la première fois, la cicatrisation avait longue et douloureuse, une plaie qui était restée fragile en fait.  L'inhalothérapeute me confie tout bas qu'elle aurait voulu la même chose.

Maintenant, on me roule à la salle de réveil.  Nouvelle étape de mon plan de naissance à discuter avec l'infirmière qui m'attend là-bas.  J'aimerais être auprès de ma fille le plus rapidement possible s'il vous plaît, sans excéder une heure de séparation depuis sa naissance, si cruciale pour le succès de l'allaitement.  L'infirmière m'explique que je dois rester la demi-heure requise et que de toute manière, dans mon cas, il faut qu'une chambre soit libre avant de monter un étage plus haut parce que je ne peux pas être stationnée dans un couloir avec tous les appareils qui doivent mesurer mes signes vitaux.  Mais voyant combien je tiens à mettre ma fille au sein dans les plus courts délais, cette femme au sourire chaleureux et au regard bleu perçant, se démène pour faire bouger les choses à la maternité pour notre cas.  En attendant, elle m'apprend que le centre hospitalier Pierre-Boucher vise la certification Ami des bébés et que bientôt, les nourrissons pourront demeurer avec leur maman dans la salle de réveil.  Nous parlons pendant toute mon attente et j'apprend que depuis six ans, elle et son conjoint tentent de concevoir leur second enfant, sans succès.  Je lui rappelle la simplicité et l'efficacité de la méthode sympto-thermique.  Elle avoue qu'elle n'y était pas revenue depuis qu'elle travaillait des quarts de jour de façon régulière.  Enfin, après un troisième coup de téléphone à l'étage, elle apprend qu'une chambre privée plus dispendieuse que ce pourquoi nous avions donné notre accord est libre: nous la prenons, que je lui intime.  Bientôt, je te retrouve et je pourrai mieux te scruter, mais juste avant de partir pour de bon de ce lieu entre-deux, l'infirmière m'apprend que les nouveaux-nés ne ressentent pas la faim pendant un bon douze heures après leur naissance et que c'est que leur réflexe de succion acquis pendant leur gestation qu'ils cherchent à combler en s'accrochant au sein dès leur premier bol d'air.  Ça me rassure un peu.

C'est donc une heure et demie plus tard que je te mets enfin au sein et tu sais quoi, tu es une petite championne.  Ton papa dit qu'il était temps que j'arrive parce que c'est sur son mamelon à lui que tu t'accrochais depuis tout ce temps.  À t'observer, je vois que ta prise est bonne et que tu bois avec un mouvement qui va jusqu'à ta tempe, comme A-M ma guérisseuse m'a appris qu'il le faut.

La boucle est bouclée.  Je te tiens contre moi et tu es toute petite.  Tes traits se fixent tranquillement dans mes cellules grises.  C'est à peine croyable de t'imaginer ne plus jamais quitter ma vie, mais je suis croyante.  Tu l'apprendras bien assez vite.  Croyante et reconnaissante.  Complétée par une nouvelle âme.  La tienne.