orphelins de l'Éden

4.01.2009

un jour à la fois

Nos anciens charmants voisins viennent tout juste de quitter le paradis. Avec eux, leur petit Mt., né le 6 février dernier. J. et P. vivent une belle expérience avec leur petit guide comme ils l'appellent. C'est Mt. qui leur dit ce qu'il veut, ce dont il a besoin. J'ai faim, ils reconnaissent son pleur particulier, j'ai envie de pipi, je pédale, alors ils l'amènent à un évier où monsieur urine au son du psshh-psshh-psshh émis pour le stimuler. Oui, oui, Mt. n'a pas encore deux mois et déjà il signale son besoin d'uriner et quand il boit au sein, il chie quelque fois dans la journée en même temps parce qu'il existe un rapport entre le réflexe buccal et le réflexe gastrique. J. et P. explorent selon leurs valeurs et proposent en quelque sorte à Mt. des façons de les appliquer pour respecter son évolution, la leur ainsi que leur conception même de l'existence. Que de découvertes. Ils nous parlent du co-dodo, de l'avantage de laisser Mt. nu la plupart du temps pour l'instant, de la sorte de couches réutilisables qu'ils préfèrent. J. me montre comment un nouveau-né possède l'instinct de se mouvoir en véritable bipède. Mt. avance sur la surface de l'îlot sous les projecteurs halogènes et je suis ébahie de voir ses pieds minuscules se lever et se déposer l'un après l'autre, l'un devant l'autre.

Bien sûr, quand je visite ma soeur G., son amoureux Rb. et leur beau Lc., qui a un peu plus de cinq mois, j'apprends aussi énormément. Je les vois s'occuper de leur boule d'amour avec tant d'attention que ma gorge se noue d'émotions à chaque fois. G. me conseille sur une foule de choses au sujet du rapport mère-poupon. Elle est si heureuse de pouvoir me transmettre ses connaissances, et moi, de les recevoir d'elle.

Bien sûr, il y a mon autre soeur, B., qui a deux jeunes enfants maintenant, Em. qui a quatre ans et demi et W. qui va avoir ses trois ans fin juin. Elle aussi veille à me léguer sa sagesse de femme qui est passée par ce moment crucial qu'est la naissance d'un enfant. Mais ma B. le fait avec humour, sachant très bien que l'essentiel, je vais le comprendre une fois que j'aurai à mettre les mains à la pâte, autant dire à me les salir, mais aussi à me réjouir de porter cet enfant, ce bout de M. et moi, au creux de mes bras.

Petit être. Il paraît que ma bedaine a commencé à changer déjà. Deux en deux. Hier, c'est mon collègue Al. qui me faisait la réflexion qu'il avait aperçu mon pot' et aujourd'hui, c'est dame Ln. qui m'a fait la même remarque. Pourtant hier soir, montée sur le pèse-personne chez ma soeur G., j'ai été surprise de voir que mon poids n'avait pas beaucoup augmenté. En fait, je suis encore plus légère que je ne l'étais à pareille date l'an dernier. Mais comme je l'expliquais à Al. aujourd'hui, le plus bizarre, c'est que de vivre cette transformation physique, c'est autre chose que de se l'être imaginée. En fait, moi qui imagine justement beaucoup de choses, je crois que je n'ai jamais réalisé à quels points la métamorphose se ferait graduellement, à quel point je serais branchée sur ces minuscules changements marquant l'avènement d'un être en moi, la concrétisation de son développement progressif.

Dieu que je me sens ignare. Dieu que j'apprendrai.