orphelins de l'Éden

9.11.2007

les fruits de mon labeur

Les jours passent et je ne trouve pas le moment qui me permettrait de pondre un blog. Ces deux derniers jours, mon excuse, c'est ça.



Tomates, tomates, tomates. C'est maintenant où jamais. Alors, on rince, on ébouillante, on pèle, on épépine, on coupe, on mijote, on stérilise, on met en pots et on prie pour entendre le pop. Hier matin, j'ai travaillé pendant trois heures pour finalement obtenir un pot d'un litre et un deuxième de 750 ml. Du gros boulot. Mais le temps a passé vite. J'écoutais Christiane Charette et ses invités et je me suis souvenue combien il est agréable de bouffer de la culture et des connaissances sociales.

Et puis, je porte des bas de laine ce matin. L'air est à l'automne et bientôt, ce seront les couleurs. Déjà, des érables près de la maison ont commencé à jaunir ou à rougir. Notre jardin est tout flétri et mon amie Sr. m'a dit que pour avoir une bonne terre grasse l'an prochain, je n'ai qu'à couper les plants et à les enfouir à même mon carré cultivable. La matière en décomposition nourrira le terreau d'une foule de minéraux obtenus par la digestion des végétaux par les micro-animaux. M. a récolté une cinquantaine de tomates pendant le dernier mois. Certaines d'entre elles finiront en pots avec leurs soeurs achetées au marché ce week-end, des Roma bios chez Maryse et Mylène, les agricultrices des Milles-Herbes, et des Romanelles près du Première Moisson.

Dimanche, j'ai reçu ma conseillère en finances, Nc., et son fils de six ans, P-A. Je lui avais déjà parlé du cannage des tomates, de pêches, de confitures. La semaine dernière, je lui ai mentionné que c'était le temps des tomates et que nous le ferions pendant le week-end. Elle a accepté mon invitation et après avoir mangé une soupe, nous nous sommes mis à la tache autour de l'îlot pendant que P-A s'est installé à la table avec son cahier à colorier et ses Prisma Color. Notre labeur nous a donné quatre pots de tomates et quatre de jus pour les fonds de soupe. Lorsqu'elle reviendra la semaine prochaine pour parler REER, elle amènera sa part d'or rouge parce que les pots étaient encore trop chauds pour être manipulés quand ils sont partis.

Ma conseillère est une perle. Elle et son partenaire travaille dans une petite caisse annexée à la Caisse de Solidarité. Ma Caisse est celle du Chaînon. Elle se différencie des autres par son action sociale et humaine. Par exemple, pas de ristournes pour les membres puisque les sous sont redistribués à des organismes sociaux. Par exemple, Nc. et son partenaire étudient la possibilité d'accorder des montants cadeaux aux acheteurs de véhicules faibles en émissions de GES. Par exemple, Nc. se déplace à la maison des membres pour faciliter les rencontres. Par exemple, j'ai son numéro de cellulaire et quand nous avons fait les démarches pour acheter la maison, je lui ai téléphone à répétition pour lui poser une foule de questions. Par exemple, Nc. est assez honnête pour me conseiller de ne pas investir dans tel fond qui est trop instable. Le service que j'ai n'a rien à voir avec celui que j'avais avec la RBC, boîte immense qui engrange les profits et offre un service virtuel. Ma petite caisse est comme David contre Goliath. Une caisse qui retourne à ses origines en offrant un service personnalisé. Nc. et son partenaire ont un nombre de membres limités sous leur tutelle pour pouvoir assuré ce service impeccable. En plus d'avoir des valeurs tout à fait en synchronisme avec les nôtres: développement durable, développement social et humain et responsabilisation financière.

L'argent, on travaille pour. Il faut savoir comment le faire fructifier tout en en profitant. Conjuguer passé, présent et futur. Si j'avais à étudier, je me lancerais dans les chiffres, les marchés boursiers, le décryptage de la langue de bois des experts. D'ailleurs, je sais que je le ferai sous peu. Je déteste ne pas comprendre quelque chose d'aussi important. Parce que bien sûr, la vie c'est autre chose que des billets. Mais ça aide vachement quand même d'en avoir et de savoir les gérer. Je veux bien vivre dans ma prison dorée. Ne pas tirer le diable par la queue, j'en ai assez donné. Mes dettes sont celles que j'ai choisies consciemment, maison, voiture. Je les assume. Je suis de la classe moyenne. Et je sais que je suis extrêmement fortunée. Avec mes sous, je me procure la bague de fiancé de M., des tomates, une journée de spa pour ma soeur, le disque de Pierre Lapointe. Je sais que je suis bénie de pouvoir m'endormir sans souci, le ventre plein. Je remercie aussi souvent que je pense à le faire. Je remercie. Je suis reconnaissante. Et puis, je me lève et je continue.