orphelins de l'Éden

4.06.2007

vendredi saint

Allô? Allô? Armand, c'est ta créatrice qui décide que tu avales ton bout de pipe et que tu tombes raide mort dans l'aile psychiatrique pendant que Marc réussi enfin à embrasser Jeanette qui aussitôt lui flanque un coup de poing bien senti dans le flanc pour finir dans le bureau du Dr Viel qui lui prescrit un médicament trop fort parce qu'il est distrait par l'image de Violaine et de sa chevelure noire. Berthe, elle, elle demeure à tout jamais anonyme.

Voilà pour ça.

C'est assez. Pour maintenant, je reviens au bitume de la ville parce que c'est lui mon inspiration ultime. Et que ce soir, avec S., j'ai foulé la Mont-Royal un coin de rue après l'autre, vers l'est, là où j'allais sauter dans une 45 transportant, entre autres, un jeune homme aux baskets identiques à ceux de M. qui battait du pied au rythme déversé de son casque d'écoute.

Au restaurant, elle me parle et me révèle des choses que je ne savais pas. Elle me les annonce comme ça, comme si, puisque je la connais depuis des années maintenant, comme si j'étais au courant de ces choses qu'elle me révèle. Et je sens que je n'ai pas l'énergie de parler aujourd'hui. Je me sens nulle de ne pas être là, avec des mots miraculeux qui peuvent dire exactement ce qu'elle a besoin d'entendre. Elle est forte S. et je sais qu'elle n'a pas besoin d'entendre quelque chose pour vivre paisiblement. Il y a des jours comme ça où il faut savoir reconnaître sa limite. Aujourd'hui, c'est le mien. D'un autre côté, justement parce que nous nous connaissons depuis des années, je peux être celle-là un peu à côté de la plaque. S. accepte ma présence et cela lui suffit. Le baume de l'amitié sans artifices, le miel de la fraternité cultivée au fil du temps.

Congé pascal. En rentrant, je suis passée devant une église sur Tillemont. Ce bâtiment, M. et moi l'avons remarqué pendant une marche il y a déjà trois ans de cela. C'est son mur de vitraux qui nous a fait dire qu'il faudrait un beau matin pénétrer dans l'antre sacré pour constater la luminosité teintée de tons de rouges et de bleus qui doit baigner le lieu de recueillement. Nous avons gravi les marches une ou deux fois peut-être pour toujours tomber sur une porte verouillée. Les églises ne sont plus ouvertes en permanence de nos jours. Les vols d'objets et le vandalisme ont obligé les paroisses à n'ouvrir leur porte que pour les heures de cérémonie. Adolescente, je prenais plaisir à aller m'asseoir dans le ventre de ces bâtisses au voûte surélevée pour sentir le benjouin qui flottait dans l'air et entendre le craquement des bancs de bois sur lesquels les croyants prennent place pour communiquer avec lui. Lui ou elle, mais je dis lui comme on dit "il pleut fort", sans désigner personne mais plutôt le constat lui-même. La pluie, l'univers, c'est un peu beaucoup la même chose, non? C'est grâce à des pluies torrentielles que la croûte terrestre a finalement commencée à ressembler à un lieu habitable. C'est aussi quand il pleut que les douleurs refont surface dans les âmes et dans les corps. Nostalgie et rhumatismes, c'est de la matière à mâcher le temps que ça passe j'imagine.

Ce soir, la porte était ouverte. Une femme a gravi les escaliers et a ouvert la porte. J'ai bien failli suivre son sillage et me retrouver là pour prier, mais j'écoutais de la musique et M. n'était pas avec moi pour voir et j'aurais préféré être avec peu de gens. Je crois qu'une messe allait débuter d'un instant à l'autre et mes pas ont tout simplement continué de se diriger vers le parc, tout près de l'appartement. Je prie où je veux et quand je veux. Mais j'aimerais pouvoir rentrer dans n'importe quelle église quand l'envie me prend. Ce sont des endroits extraordinaires, érigés avec majestuosité et grandeur. Des espaces chargés où il fait bon de se ressourcer. Comme le couvert d'une forêt ou l'appui d'une montagne.

Et pendant que Jésus descendait de la croix cet après-midi, je concoctais une soupe pour mon amoureux. Par temps froid, il aime être réconforté par un bol fumant. Quand je suis rentrée, il mangeait, attablé avec Fn. notre voisin du palier de dessous. Pauvre Fn. qui a voulu discuter avec moi en lançant la conversation sur la lignée de "votre génération travaille beaucoup et ne prend pas le temps d'avoir du plaisir et vous vivez beaucoup plus la compétitivité que dans mon temps, comment expliquer cela? Comment faites-vous? L'individualisme?" On ne refait pas le monde que je lui dis. Du travail, il y en a toujours eu à accomplir à la sueur de nos fronts et lui de relancer le tout dans le sens des inégalités entre le monde occidental et les pays où il n'y a pas d'eau courante pour tous par exemple. Pauvre Fn. parce que ce soir, je n'ai pas l'énergie pour discourir. De toute façon, cette discussion nous l'avons eue un millier de fois sur le balcon. Le geste fait la différence, l'action parle et au pied de ma croix, j'écris.

1 Comments:

At 11:19 p.m., Anonymous Anonyme said...

C'était pareil pour moi ce soir..
Au travail les clients passaient et repassaient et pourtant quand ils me posaient des questions, j'arrivais à peine à leur répondre...
''T'as pus de patates douces ?''
-Ça doit pas si yen a pu dans le comptoir..''

J'ai eu l'air bête sans le vouloir, mon cerveau était présent mais le côté social avait pris le bord ben raide.....

J'espère etre plus en forme demain matin, les ''plateaupythèque''s aiment ça quand on a l'air de bonne humeur le samedi matin... Surtout qu'ils font tous leur commissions en même temps (je le sais , je fais faire les courses par mon homme le samedi :P )

Bon et bien Joyeuses Pâques à toi et à M. !

ah oui ! Je suis du même avis que toi à propos des Églises.. et pourtant quand on voit les Mosquées et autres temples, ils semblent être ouverts en permanence... (je pense au temple bouddhiste sur la rue Ontario E.)

M-H

 

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