orphelins de l'Éden

12.30.2007

cage d'oiseau

Dans le soleil du matin, un geai bleu passe en flèche pour aller se poser sur les branches basses d'un des deux majestueux sapins élevés qui cachent la devanture de la maison de la famille guatémaltèque. Son plumage bleu vibrant de mâle prêt à se pavaner apparaît en éclair au travers les amas épineux. Il saute du pied à la cime et s'envole vers la gouttière. De là, il plane jusqu'à la cime de l'autre arbre, trouve quelque chose à se mettre dans le bec et décolle dans un grand trait dynamique. Dehors, il fait froid. Au sol, les amas d'eau au sol de la veille se sont transformés en surfaces glacées concassées et grises. Le dernier dimanche de l'an.

Nougat le gros chat respire régulièrement dans son sommeil. Je vois son ventre se soulever en vague continue sous son pelage noir lustré. Elle partage sans doute un gène avec les grandes corneilles sombres comme la nuit sans lune qui rôdent à l'arrière du paradis. Hier, une d'elles s'est déposée sur la clôture de notre balcon. M. me l'a fait remarquer en m'avouant que ces oiseaux lui font peur. De son oeil rond, elle nous observait l'observer de derrière la porte patio. Bien qu'elles aient en effet un air funeste, la richesse profonde de leur plumage ténébreux brillant dans le jour me fait les trouver belles avant tout.

Et puis, de petites mésanges aux ventres blancs vivotent en pairs de temps en temps dans le décor endormi de notre cour enfouie sous la neige. Avec elles, des bancs d'étourneaux aux reflets verts et dorés s'accrochent aux fils électriques dans l'attente d'une opportunité à plonger dans l'espace arrière d'un voisin en biais qui doit leur laisser de la nourriture. Avant-hier, nous avons même eu l'opportunité de revoir notre oiseau mystique en couple. Les cardinaux, le mâle rouge vif et la femelle au bec orange, sautillaient d'une branche dégarnie à l'autre dans notre arbuste dans le coin de notre terrain.

Il faudrait que je me décide à redonner des graines et des pains de suif à tous ces volatiles bravant l'environnement hostile des mois de gel. Bien sûr, je sais que nos amis les écureuils, Chip et Munk surtout, ce couple qui court à journée longue d'un côté à l'autre des clôtures communes des cours, en profiteront aussi pour mettre leurs pattes griffées sur le butin. Mais à les voir blottis sur eux-mêmes, la queue au vent, je me dis à présent grand bien leur en fasse car eux aussi se joignent au règne qui cherche à débusquer la nourriture moteur de vie.

Le partage ne doit pas connaître de limites s'il est une fidèle expression de son principe même. L'idéal n'existe que pour faire pâlir la réalité. Et cette réalité se résume à faire ce que l'on peut, ce qui est déjà beaucoup. Dans cet esprit, bonne préparation à l'élaboration de vos résolutions bien que chaque jour soit une opportunité en soi. Cependant, la volonté a peut-être besoin de rappels ponctuels pour s'assurer de déplacer des montagnes. La concentration des énergies sur un défi à relever nous guide inévitablement au dépassement de nous-mêmes. De là, le marasme de l'insatisfaction n'a plus autant d'emprise puisque l'effort accompli appelle à la sérénité et à la reconnaissance. Je vous souhaite donc, pour le nouvel an, la métamorphose vers votre identité véritable. Tiens, je me la souhaite aussi en passant parce que nul n'est à l'abri de l'oubli.

2 Comments:

At 1:36 p.m., Anonymous Anonyme said...

Je ne sais pas si je te l'ai déjà dit, mais te lire fait parti de mon quotidien. Comme le dit ma petite puce : "ca fait du bien!"...
Tu es généreuse, lumineuse.

Vu le titre de ta chronique, je te recopie le poème célèbre de Saint-Denys Garneau.

Je suis une cage d'oiseau
Une cage d'os
Avec un oiseau

L'oiseau dans ma cage d'os
C'est la mort qui fait son nid

Lorsque rien n'arrive
On entend froisser ses ailes

Et quand on a ri beaucoup
Si l'on cesse tout à coup
On l'entend qui roucoule
Au fond
Comme un grelot

C'est un oiseau tenu captif
La mort dans ma cage d'os

Voudrait-il pas s'envoler
Est-ce vous qui le retiendrez
Est-ce moi
Qu'est-ce que c'est

Il ne pourra s'en aller
Qu'après avoir tout mangé
Mon coeur
La source du sang
Avec la vie dedans

Il aura mon âme au bec.

 
At 6:08 p.m., Blogger Ludivine said...

Heureuse de faire partie de ton quotidien, surtout quand je sais que ton esprit s'accorde si bien au mien. La preuve, tu as dépisté le lien que je voulais faire.
Merci.

 

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